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Eclipse totale

7h00

Aéroport de Genève.

Dans l’aérogare privatisée par la société suisse AM Jet Executive, je retrouve l’équipe organisatrice de ce vol très spécial, ainsi que tous les participants.
Guillaume Cannat, notre accompagnant astronome, journaliste au quotidien Le Monde, nous explique le déroulé de notre journée. Il nous précise comment nous allons intercepter l’ombre de l’éclipse.

7h50

Nous décollons à bord du Falcon 7X, par beau temps, dans les brumes matinales.

10h30

Nous retrouvons les deux autres Falcon 7X, partis de Paris. Nous sommes à 15 km d’altitude, au nord de l’Ecosse, ce qui nous permettra, au moment de l’éclipse, de profiter de l’air raréfié plus stable et offrant une vision plus claire. Cette altitude est proche des limites de notre appareil, avec nos conditions de poids embarqué.
35 kilomètres nous séparent les uns des autres, sur une trajectoire programmée, fournie par la NASA et acceptée au préalable par le contrôle aérien.

Nous sommes à quelques minutes de l’interception de l’éclipse. La tension monte parmi nous. L’approche se fait perpendiculairement à la trajectoire de l’ombre, dos au soleil. Notre avion engage alors un virage à droite et un cap nord, afin de prendre cette trajectoire.
Nous volons à la vitesse de 920 km/heure, pendant que l’ombre créée par la lune se déplace à 3.000 km/heure environ.

10h39

L’interception de notre avion avec cette ombre est imminente.
Le cône d’ombre est nettement visible sur le tapis de nuages situé beaucoup plus bas.
Il nous rattrape vite, et nous sommes déjà engloutis dans la nuit.
Le soleil a totalement disparu derrière la lune, très visible. Nous apercevons seulement la chevelure du soleil,  qui dépasse des bords de la lune.
A partir de cet instant, nous disposons de quatre minutes maximum pour prendre des images, bénéficiant ainsi d’une minute et demie supplémentaire d’éclipse par rapport aux observateurs terrestres.
Le spectacle est plus que saisissant. Nous sommes émerveillés par le fait que l’Univers ait créé ces deux corps célestes aux diamètres apparents parfaitement identiques.

10h45

Nous nous trouvons à présent dans une étrange pénombre, qui nous rappelle toutes les croyances et peurs ancestrales liées aux éclipses.
Le halo solaire permet de voir nettement, et sans lunettes de protection, les contours de la lune. Il est constitué d’éruptions pouvant projeter sa matière brûlante au-delà de 100.000 km.
C’est l’intérêt scientifique d’une telle observation, car il n’est pas courant d’avoir cette obturation naturelle qu’est la lune !
Les appareils photographiques crépitent, l’instant reste bref malgré ces 4 minutes. Il faut des images nettes. On n’a pas le droit à l’erreur. Si le réglage est mauvais, on s’en rendra compte après, et trop tard.
En contrebas, sur la couche nuageuse, la fin de l’ombre nous rattrape à son tour.
Dans le ciel, la lune laisse apparaître un diamant de lumière sur sa bordure droite. Nous vivons nos derniers instants sans lunettes de protection.
Cependant, la magie continue d’opérer : nous pouvons voir distinctement, au travers des filtres à présent nécessaires, comme un croissant de lune. En fait, c’est un croissant de soleil.
Dans la cabine passagers, les appareils photos redoublent d’activité, immortalisant en rafale ces derniers instants.
Devant l’avion, nous observons, à regret, l’ombre qui s’éloigne sur le tapis blanc des nuages.
Sous cette couverture nuageuse, se trouvent les îles Féroé, où nous allons atterrir. Nous savons que nous avons beaucoup de chance par rapport aux chasseurs d’éclipse, restés sur terre, qui n’ont rien vu si ce n’est vivre qu’une brève nuit de 2 minutes.

11h40

Nous atterrissons à Vagar, sur les îles Féroé, avec 30 nœuds de vent et sous une pluie battante, pour faire le plein de nos 3 Falcons.
Les quelques quarante chanceux que nous sommes sont béats et silencieux. Il faut, en quelque sorte, se purger de ce moment de pure extase.
Enfin les langues se délient, nous échangeons impressions, photos, adresses afin de prolonger notre expérience.

14h00

Nous décollons des îles Féroé dans nos avions respectifs. Deux avions repartent sur Paris et le nôtre prend le cap de Genève, où nous atterrissons à 16h05, sous le soleil.

Nous avons vécu cette aventure grâce à Xavier Jubier, qui a mis deux ans pour monter cette opération. Il lui a fallu convaincre Christian Loiseau de la société AM Jet Executive qui opère des Falcon depuis Genève.
Ce binôme a dû, à son tour, convaincre Dassault Aviation pour  réunir les 3 Falcon 7X, qui se sont envolés ce jour à la rencontre de l’éclipse solaire.
L’équipe d’Aérostar tient à remercier Vadim Feldzer, directeur de la communication de Dassault Falcon, qui nous a mis en relation avec Xavier Jubier.

Nous remercions également Christian Loiseau et la société AM Jet Executive pour nous avoir permis d’avoir pris place à bord de leur avion.

Philippe Guillon